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Un Séjour En Psychiatrie Partie 1

26 février 2015 - Non classé, Perso, THS - 1er Mois
Un Séjour En Psychiatrie Partie 1

[TW psychiatrie, hôpital psychiatrique, médicaments, suicide, self-harm, mal-être, chantage affectif, TCA]

Mercredi :

Damia et moi sommes donc appelés pour aller à ma résidence.

On explique au médecin le « chef » s’il est possible que je sois genré au masculin. Juste quand on s’adresse à moi, me parler au masculin. Non. Mon état civil ceci, mon état civil cela… Et l’article 9 du code civil ? Droit de l’intimité, sexualité, etc. ?

Bref.

Je suis seul dans une chambre double.
Je dois leur donner tout objet coupant, tranchant, nourriture, parfum.
Je leur donne mon parfum, donc.
On me donne trois papiers.

Nous arrivons donc à ma chambre à 17h15 environ.
Le « chef » du service nous laisse seuls.
Damia et moi défaisons la valise, je prends une douche (enfin!) et me pose sur le lit.
Damia… Je ne l’ai jamais entendu pleurer si fort… Elle pleure, elle tremble… Elle est fatiguée.
Elle a dormi presque autant que moi si ce n’est moins.
Les visites se terminent à 18h30.

17h50 : on demande si on peut visiter un peu les locaux.
17h55 : c’est vite expliqué et expédié. On profite de la dernière demie heure. Damia me donne son écharpe noire pour que j’ai quelque chose d’elle.
18h30 : C’est fini. J’accompagne Damia jusqu’aux escaliers. Je me suis légèrement éloigné pour ne pas qu’elle me voit pleurer. Et finalement, je me rapproche. Elle est partie. Je regarde par la fenêtre. Elle n’est plus là.

Je pleure.

18h45 : Heure du dîner. Je suis un défilé de zombie. Ils n’attendent qu’une chose : leurs cachets.
J’ai eu deux lysanxia et un demi tercian.
19h20 : Je sors enfin de ce self. Tout le monde à mangé sauf moi. Pas faim. J’ai pleuré pendant tout le repas.
19h30 : Je suis dans mon lit, en pyjama. Sur mon téléphone portable sur internet. Je discute avec des gens.
Puis je sens que je m’endors.
Mon dernier SMS a été envoyé à 20h40.

Jeudi :

07h15 : Mon réveil sonne. Je vérifie rapidement mon portable. Rien. Pas de messages. Pas SMS.
07h25 : Un infirmier entre dans ma chambre. Il prend ma tension et mon pouls. 11,6. 80.
Il m’explique qu’il doit faire ça les trois premiers jours d’admission.

J’en profite pour lui demander comment fonctionne l’appareil de mesure de tension. Il m’explique. (Cette question me hantait depuis mon plus jeune âge)

07h40 : Je vais à la salle de bain, me prépare : culotte, packing, binder, débardeur, chaussettes, chemise, pull et on me dit que ça va être l’heure du petit-déjeuner. (je ne suis pas encore sorti de la salle de bain)
08h : Je re-suis le cortège de zombie. Je ne déjeune pas. Pas faim. J’ai bu une gorgée de jus de banane avant de partir les rejoindre.
« Mesdames, vous voulez quoi ? Flamby ? Chocolat au lait ? Des petits beurres ? »

« Mesdames ».

… « Mesdames »…

Je n’ai même pas la force de protester.
Nous sommes des enfants, ici. Déjà qu’au collège j’avais l’impression de me retrouver avec des gamins de neuf ans… Là, c’est pareil. Ils ont neuf ans et j’en ai vingt et un.

08h10 : Je sors du self écœuré. « Mesdames ».
Je suis de plus en plus mal.
Je ne peux rien faire de plus pour forcer mon passing.
Je suis allé me brosser les dents.

08h52 : J’écris l’article. Je suis fatigué. Je vais dormir un peu. Vivement 14h30.
09h : Je n’arrive pas à dormir. Trop stressé.

Je me lève alors pour laver mon jean. Celui tâché de sang.
C’est parti. J’attends qu’il sèche.
Je me regarde dans un miroir. J’ai le visage bouffi.

Je ne mange pas et j’ai le visage bouffi. Un ami m’explique que c’est le stress.
Okay. C’est pas totalement faux.

09h20 : Je me recouche et me rendors.
09h40 : Une infirmière vient me réveiller pour de la paperasse administrative mutuelle machin.

Elle ouvre mes volets, « Il est bientôt 10h, faut pas rester dans le noir comme ça »
Je lui montre les scans que j’ai sur mon ordinateur (merci à la banque de me les avoir demandé)

Elle part. Elle revient cinq minutes plus tard. J’ai pas compris son charabia. La SMEREB est une sécurité sociale ou je sais pas quoi. Je lui dit que c’est okay que j’ai compris.

Elle me tiendra au courant.

10h : Je me rendors.
10h25 : Un infirmier vient me chercher, le psychiatre doit me recevoir.
J’y vais. Il me pose des questions dont une qui me confirme certaines choses.
« Pourquoi, ce dimanche, spécifiquement, vouliez-vous prendre autant d’anxiolytiques ? »
Ma réponse ? « Je venais de recevoir un coup de fil de ma mère qui pleurait avec son chantage affectif. »
Je lui parle de ma transidentité. De façon générale, l’entretien se passe bien.

Il me demande à la fin s’il y a quelque chose à ajouter.
« Oui. Je sais que ma civilité est au féminin, mais par pitié, pour le personnel médical envers moi, je suis ‘jeune homme’, Tom-Alex, Tom, comme vous voulez, mais plus de ‘mesdemoiselles’ ou ‘madame’ ou ‘mademoiselle’. Chaque pronom féminin est une fléchette envers moi, s’il vous plaît. Je suis ici, c’est pour essayer d’aller mieux. Par pour être enfoncé… »

Il n’a rien noté de tout ça. On verra bien si ça change.

Je lui ai demandé pour combien de temps je resterais. Il m’a dit que c’est un séjour court, car il voit bien que je n’ai pas vraiment ma place ici. Que c’est pour me restaurer.
Je le revois lundi, et il verra quand je pourrais sortir.

12h : Je n’ai rien mangé. J’ai eu mes deux lysanxia.
13h : Je végète dans mon lit.
14h : Damia arrive. Je croyais que c’était 14h30 les visites, je suis surpris. Tant mieux.

Nous discutons, je lui parle du fait qu’on me misgenre.
Elle a apporté des textes de lois. Elle va voir les infirmières. elles ne veulent rien savoir.

15h30 : Le médecin généraliste veut nous voir. On discute. On montre mon attestation.
Il dit qu’il ne connaît que les parcours trans en équipe, et donc ne savait pas que faire en privé était possible.

Il nous demande donc trois choses : La seconde attestation que je n’ai pas scannée, le droit à l’erreur et le bilan sanguin complet que j’ai dans mes fichiers.

16h : Je donne à l’infirmière par clé USB le bilan sanguin et l’ordonnance de mon hormonothérapie (elle fait une photocopie de cette dernière)

Damia partira à 18h30 rejoindre un.e ami.e pour se soutenir mutuellement.

 

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